Cette communication a pour objet la pratique du rugby dans les quartiers populaires, à travers l'analyse d'une observation ethnographique menée auprès de deux clubs d'élite situés en Seine-Saint-Denis, l'un féminin, l'autre masculin. Le rugby, ayant été diffusé historiquement en France par les réseaux d'enseignements laïques, s'est construit l'image d'un sport intégrateur socialement et culturellement, ce qui pourrait évincer toute suspicion de discriminations.
Or la diffusion médiatique plus importante de ce sport, de même que les ressources économiques qu'il peut garantir, ont élargi l'espace de recrutement des futurs rugbymen et rugbywomen, aussi bien géographiquement que socialement. Ainsi, de nouvelles et nombreuses interrogations se posent quant à l'intégration de ces nouvelles populations, originaires le plus souvent de milieux sociaux dits « populaires » et surtout issues de l'immigration. Dès lors, comment ces « nouveaux » athlètes intègrent-ils les codes du rugby et ses « valeurs » ? Comment ces derniers redéfinissent-ils ce sport et ses exigences corporelles ? Quelles sont les discriminations auxquelles ils et elles font face ? Que donnent-ils à voir des problématiques raciales dans le sport, mais aussi dans la société ?
L'étude présentée tentera de démontrer comme le sport, notamment de haut niveau, de par sa structuration et ses instances dominantes, assignent les personnes racisées dans le cadre de leur pratique (surreprésentation à certains postes, suivi et perception médicale différenciés), tout permettant aussi pour certains et certaines, sous certaines conditions, de s'affranchir socialement de leur milieu social d'origine.
Seghir Lazri, doctorant au Laboratoire Printemps – UVSQ sous la direction de Benoit Gaudin et Christophe Granger.

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