Cette communication propose d'analyser la participation de la France aux Maccabiades, jeux olympiques juifs, non comme une simple compétition sportive communautaire, mais comme un laboratoire complexe de lutte contre les discriminations et de (re)définition des identités, où se heurtent le projet nationaliste d'un « homme nouveau » et les réalités contrastées de la diaspora. En croisant les fonds israéliens de la Maccabi World Union (MWU) et des archives sionistes (CZA) avec les archives françaises (presse communautaire, CDJC), nous mettrons en lumière la singularité du cas français, marqué à la fois par une dialectique constante entre l'affirmation d'une identité juive par le sport et par l'impératif d'intégration républicaine, ainsi que par le souhait des Juifs de lutter contre l'antisémitisme en prouvant leur régénération physique par le sport.
Loin de l'adhésion massive au judaïsme musculaire théorisé par Max Nordau, les communautés juives de l'entre-deux-guerres sont souvent méfiantes face au sionisme, et donc face aux Maccabiades, qu'ils voient comme un risque de double allégeance, limitant l'engagement à une poignée de sportifs cherchant à déconstruire les stéréotypes corporels antisémites. Mais la Shoah et la création de l'État d'Israël en 1948 reconfigurent brutalement cette dynamique : si les Jeux deviennent pour Israël un outil de diplomatie, de rapatriement et de promotion nationaliste, ils agissent pour la communauté française comme un révélateur de ses tensions identitaires profondes. L'étude de la période 1950-1965 permet d'objectiver une mutation démographique et culturelle majeure : l'effacement progressif des cadres ashkénazes, décimés ou partis en Israël, au profit d'une affirmation croissante des Juifs séfarades issus des décolonisations. Pour eux, le sport devient un outil d'inclusion autant qu'une revendication identitaire. Ainsi, cette communication démontrera que les Maccabiades sont, pour le cas spécifique des Juifs de France, un observatoire des luttes contre l'antisémitisme autant que de la recomposition culturelle des communautés.

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