En Slovénie, le ski s'impose dès le Royaume de Yougoslavie comme une pratique investie de significations sociales et culturelles spécifiques. Cette communication analyse la manière dont le ski devient un marqueur identitaire slovène, tout en étant progressivement promu, sous la Yougoslavie socialiste, comme sport fédéral sous l'appellation « YU-SKI », largement reprise dans les archives du Comité olympique yougoslave et la presse sportive fédérale.
Sous la Yougoslavie monarchique, le ski, pratiqué par une élite bourgeoise, se développe principalement en Slovénie, avec l'héritage austro-hongrois, les associations sportives locales, et le mouvement Sokol qui l'intègre comme complément de l'activité gymnique (Pavlin, 2016). À l'inverse, dans le reste du royaume, les sports collectifs, en particulier le football, connaissent une expansion rapide, soutenue par les milieux ouvriers, urbains et industriels (Mills, 2019). Cette différenciation contribue à l'émergence de représentations contrastées opposant ski, sport individuel, technique et discipliné, et sports collectifs, comme vecteurs de cohésion sociale.
Après 1945, le régime socialiste fait de la fiskultura un instrument de formation du « Homo Yugoslavicus ». Le ski poursuit son expansion en Slovénie, où se concentrent infrastructures et compétences. Si la désignation de Sarajevo pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver de 1984 favorise la construction d'infrastructures modernes, elle ne remet pas en cause la domination slovène, dont les succès continuent d'alimenter le récit « YU-SKI ».
Dans les années 1980, le ski, symbole de la « slovénité » (Starc, 2005), occupe une place centrale dans la construction identitaire slovène. L'« héroïsation » des skieurs (Kotnik, 2008) et la mise en valeur du paysage dans les campagnes touristiques, relayées par l'historiographie slovène récente, contribuent à une homogénéisation identitaire et à une différenciation avec le reste de la fédération, renforcées par les tensions de la fin des années 1980 et l'arrivée de Slobodan Milošević sur la scène politique.

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