Comment la racialisation façonne la perception de la domination dans le sport ? Analyse de la perception du Kenya en course de fond et de la Chine en tennis de table au prisme des sources fédérales françaises (1945-2021)
Cyril Thomas  1, *@  , Kilian Mousset  2, *@  
1 : Complexité, Innovation, Activités Motrices et Sportives
Université Paris-Saclay
2 : Laboratoire sur les Vulnérabilités et l'Innovation dans le Sport (EA 7428)
Université Claude Bernard Lyon 1
* : Auteur correspondant

Depuis les années 1960, les succès internationaux de la Chine en tennis de table et du Kenya en courses prolongées suscitent des représentations et des décisions qui interrogent le rôle de la racialisation différenciée des sportifs en fonction de leur origine nationale. Face à ces nouveaux concurrents qui bousculent la hiérarchie sportive initialement dominée par les nations européennes, les performances des sportifs que certains responsables fédéraux associent « aux races noire ou jaune » fascinent autant qu'elles provoquent de la méfiance. L'objet de cette communication est donc de comparer la manière dont les acteurs fédéraux du tennis de table et de l'athlétisme français (dirigeants, entraîneurs, rédacteurs) appréhendent ces dominations chinoises et kényanes par l'intermédiaire de leurs sources officielles. 

Pour cela, les revues spécialisées et les procès-verbaux fédéraux de ces deux sports ont été consultés depuis 1945 en adoptant une recherche par mots-clés pour les premières, et une lecture systématique pour les seconds. Il s'agit notamment des numéros de la revue officielle de la Fédération Française de Tennis de Table (sous le nom de Tennis de Table notamment) et des revues spécialisées sur l'athlétisme telles que l'Équipe athlétisme magazine, L'Athlétisme puis Athlétisme, revue officielle de la FFA, et VO2magazine

Finalement, l'étude des discours fédéraux français (1945-2021) montre que si les pongistes chinois échappent peu à peu aux représentations ou stéréotypes de la « race jaune » au profit d'interprétations techniques ou structurelles, la persistance des références à la « race noire » chez les coureurs kényans reste présente, en essentialisant ou biologisant leurs performances. Ainsi, les dirigeants de la FFA conservent une position hiérarchique verticale pour justifier les mauvaises performances françaises ou relativiser celles des athlètes kényans. À l'inverse, les responsables de la FFTT se mettent progressivement en situation d'apprendre des cadres chinois pour progresser dans le cadre d'une relation plus horizontale.


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